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Visites à l'atelier du peintre Arié Mandelbaum

dans la presse !

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L'avis d'Antonio Moyano dans la revue Points Critiques de mars-avril 2017 (n°370).

"Les éditions Esperluète viennent de publier un livre qui a pris le temps de naître, quasiment l’espace de toute une vie, il débute en 1977 et s’achève en 2014.

Serge Meurant est un grand regardeur. Vous me direz il a de qui tenir, il est le fils de la prodigieuse illustratrice Élisabeth Ivanovsky (1910-2006). La Revue de la Bibliothèque nationale de France lui rend hommage dans son numéro d’octobre 2016. Sans parler de son frère Georges (vous avez vu le Nouveau Siège du Conseil de l’Union européenne ? ce vertigineux damier de couleurs, c’est lui !)
Regardeur, Serge Meurant l’est aussi par son accompagnement depuis plus de trente ans du cinéma documentaire de création. Lors du festival Filmer à tout prix 2008, Cinematek lui donna carte blanche pour une sélection de ses coups-de-cœur. Vivement qu’on réunisse un jour ses écrits sur le cinéma. De plus, dans sa poésie même, la vue reste le point focal. Le poète a réuni les textes écrits tout le long des années sur Arié Mandelbaum. Ce qu’il aime avant tout c’est visiter l’atelier : « Je n’ai jamais osé juger une toile ou un dessin hors de ce contexte et, à dire vrai, cela ne m’intéresse pas. Seule une relation avec l’œuvre, née de la contemplation de la toile en train de se faire, me convient. »
Ce livre est remarquable par l’ensemble de ses photos signées Philippe Vindal, Marc Trivier, Bérengère Gimenez, sans oublier celles publiées jadis dans Revue et Corrigée : les photos d’Elie Gross. C’est lui qui fait la couverture, c’était en 1985 rue Rodenbach. Faites comme bon vous semble mais moi j’ai commencé ma lecture par la fin : nous voici en 2014, le poète rend visite au peintre alors qu’il travaille aux portraits de Franz Kafka. « J’éprouve un sentiment de familiarité, comme si les ateliers successifs s’emboîtaient les uns dans les autres, ne formaient qu’un espace unique à travers les années. J’y retrouve les variations des mêmes thèmes, le portrait si émouvant de sa mère, l’espace du camp, l’assassinat de Lumumba.» Au premier coup d’œil, on reconnait une toile d’Arié par sa blancheur. Je l’ai encore constaté l’autre jour en voyant le superbe film de Boris Lehman Funérailles : un enfant montre sa tête entre deux grandes toiles – de qui sont-elles ? Une seule image, même fragmentaire, a suffi, nous reconnaissons la patte d’Arié. « Cet ensevelissement dans le blanc assourdit la mémoire du camp de concentration, les portraits de proches disparus. On dirait qu’ils s’éloignent à l’instant même de leur apparition sur la toile. » Et ceci encore : « respirer silencieusement, l’étendue du papier blanc, où se brode la trace légère de ce qui s’impose par l’effacement. »
Retournons au début, nous voici en l’an 1977. Les figures du politique, de l’actualité ou de l’Histoire sont source d’inspiration pour le peintre, portrait de Julien Lahaut, l’enterrement de Salazar, l’exécution d’un condamné à mort. « Un évènement véhiculé par les médias a perturbé la démarche de Mandelbaum, l’a cravachée d’adrénaline noire, l’obligeant à abandonner sur le champ tout autre travail. »
Lire les œuvres complètes d’un poète même de son vivant, c’est faisable, mais il en va tout autrement pour un artiste peintre. Est-il possible d’avoir une vue d’ensemble de l’œuvre d’Arié  Mandelbaum ? Non, nous n’avons pas cette chance. Y a-t-il un lieu pour nous offrir cette occasion ? Non. Sous ses airs modestes, le livre de Serge Meurant est primordial : il nous invite à une vue panoramique de l’œuvre du peintre Arié Mandelbaum."

 

2017 03 presse visites a l atelier

"Un peintre au plus près de son travail de création",
l'avis de Francine Ghysen, Le Carnet et les Instants, mars 2017 :

"Le regard d’un écrivain-poète sur le travail d’un artiste qu’il suit depuis quelques dizaines d’années. Un parcours sensible que Serge Meurant partage avec nous dans son livre Visites à l’atelier du peintre Arié Mandelbaum.
Il y a réuni les textes écrits à partir des années septante : évocations des tableaux et dessins évoluant au fil du temps, fragments poétiques…
C’est en 1977 que l’auteur découvre cet atelier, « vaste comme une scène de théâtre », baigné de lumière entre une grande verrière et de larges fenêtres. Il décrit les toiles exposées et formule déjà cette intuition : « Mandelbaum évoque le fou, notre double éveillé qui parle nos lapsus, nos actes manqués et révèle souvent notre vérité profonde ».
Il observe comment la photo d’actualité saisissant tel événement de l’histoire politique (funérailles du dictateur portugais Salazar, assassinat de Lumumba…) peut frapper, et même « cravacher », l’esprit et le talent du peintre, qui en donne une interprétation, une vision personnelles.
Discerne deux axes dans sa démarche : « Le premier se caractérise par l’expression du vécu intérieur dans un état d’immédiateté surprenante, un travail sous hypnose, pourrait-on dire, tandis que le second se définirait par une réflexion sur le monde, cherchant à rendre les conditions d’une existence où l’individuel et le collectif se trouvent indissolublement liés ».
Il s’attarde sur sa pratique singulière de racler, d’effacer des parties de plusieurs toiles et pressent que cet effacement permet de mettre au jour une  trace fragile mais essentielle. Il en choisit pour exemple le portrait de la mère de l’artiste, qui lui inspire les lignes les plus subtiles, les plus émouvantes : « Ta mère au visage de sable, insaisissable, dans la plénitude pauvre qui le transfigure. Ce visage unique qu’aucune photographie ne restitue en son rayonnement. Ce qui l’éclaire au-dedans vient se poser comme un miroitement très doux autour des yeux. Comme l’usure d’une vie et sa beauté qui persiste bien qu’effacée ».

Serge Meurant s’arrête devant les dessins d’Arié Mandelbaum, qui éclairent, adoucissent les tableaux, et donnent à celui qui les regarde l’impression de pénétrer dans un « lieu de proximité heureuse ».
Médite sur les tableaux récents qui lui apparaissent comme « le palimpseste d’une œuvre sans cesse recommencée », autour du noyau d’images originelles : le couple chassé du Paradis, la fin de l’enfance, l’amour charnel célébré dans l’étreinte et la séparation, la Shoah et les camps d’extermination…
Il se penche sur les portraits de Kafka (dont on n’a pas oublié l’exposition à la galerie Didier Devillez), grâce juvénile, intense gravité du regard, et les prolonge de réflexions sur l’auteur de La métamorphose, sa correspondance avec Felice, sa fiancée, avec sa sœur Ottla, l’opposition irréductible, fondamentale, entre son père et lui, qui hante sa Lettre au père.
Cette approche sensitive, pénétrante, d’une œuvre en mouvement que Serge Meurant accompagne à travers les années (« Seule une relation avec l’œuvre, née de la contemplation de la toile en train de se faire, me convient »), est scandée, complétée par les photographies de l’atelier signées Bérengère Gimenez, Élie Gross, Marc Trivier et Philippe Vindal.
Ainsi nous glissons-nous à notre tour, par la voie du texte et de l’image, dans l’atelier d’Arié Mandelbaum.
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