Ce &/et est un lien, un trait d'union,
un point de rencontre ou de départ...

Au-delà de la beauté du signe graphique &, il y a, au moment de la création de la maison, la volonté de susciter la rencontre entre écrivains et plasticiens. Chaque livre publié contient à la fois du texte et de l’image que ce soit au travers de collections littéraires ou graphiques. Très vite, l’association entre le livre et son lecteur s’est imposée comme une autre lecture de ce signe & et s’est matérialisée sous différentes formes, qui vont de la rencontre littéraire classique, à l’organisation de lectures et d’expositions, avec la création des soirées « un repas-un livre », à la participation active à de nombreux salons, jusqu’à la participation à la création d’un Marché du Livre au Musée royal de Mariemont (biennale depuis 1997). La formation autour du livre est aussi une des préoccupations des éditions, quel que soit le réseau d’enseignement (des étudiants des Beaux-Arts comme des apprenants en alphabétisation).

Mais avant tout, Esperluète édite. Des livres où sont mis en scène écrivains et plasticiens. Textes originaux et images d’artistes contemporains alimentent ce projet qui poursuit une certaine exigence littéraire et esthétique. Depuis 1994, le catalogue s'étoffe petit à petit. Les livres sont répartis en huit collections définies par leurs formes : les livres, les cahiers, les Hhistoires, les accordéons, les hors-formats, les livres-jeux, les recettes et les hors-collections.

Il s’agit avant tout d’un travail en mouvement, avec ce que cela comporte de risque et d’inconscience. Il s’agit avant tout de l’exploration d’un outil singulier, le livre, pour se glisser dans l’espace étonnant de la lecture.

Les éditions Esperluète font partie des "éditeurs associés", association de loi 1901, qui a pour but de favoriser la collaboration entre petites structures éditoriales en vue d'améliorer leur représentation.
http://www.lesediteursassocies.com/blog

 

Ce qu'ils en disent...

Régis Delcourt / libraire / à l’occasion de l’exposition
« Esperluète, atelier d’éditions » Namur 2007

L'arrivée en librairie des livres publiés aux éditions Esperluète suscite toujours notre enthousiasme. Car c'est découvrir à chaque fois une nouvelle rencontre entre un écrivain et un plasticien. C'est se laisser étonner ou émouvoir ou heurter par le rapprochement de deux univers. Mais surtout, car ces livres, je pense, nous invitent à une expérience, celle de lire différemment. Nous devons sortir de nos habitudes de lecteur pour saisir ce qui se passe vraiment, intimement, dans ces quelques pages que nous tenons entre les mains. Ici, la lecture rapide n'est pas de mise. Il ne s'agit pas de lire distraitement, sautant çà et là un chapitre, galopant pour connaître le fin mot de l'histoire. Il faut au contraire laisser monter en soi le texte et le dessin et ressentir ainsi la force de leur proximité, la poésie légère ou violente qui y est tapie. Entendre comme une musique jusque là inconnue qui s'échappe sans prévenir. "S'il n'y a pas la musique dans les livres, il n'y a pas de livres. C'est-à-dire que nonante pour cent des livres ne sont pas des livres. Ce sont des lectures, comme le journal qu'on lit quand on prend un bain" disait Marguerite Duras. Voilà pourquoi le travail audacieux que mène Anne Leloup depuis une dizaine d'années nous semble important à soutenir en librairie. Les livres qu'elle publie sont de vrais livres, de ceux que l'on porte en soi et que l'on souhaite partager. Les éditions Esperluète sortent du monde éditorial trop convenu et nous proposent une autre porte pour entrer dans la littérature contemporaine.

Premières lignes d’un article de Jean Laurenti à propos de la collection
« Cahiers » pour Le Matricule des anges, revue littéraire et site inernet, 2005

Furetant dans les rayons d’une petite libraire de province, on tombe sur deux ou trois livres qui tout de suite retiennent notre attention. Ce sont de petits objets, fait de peu de pages et qui ne pèsent guère au creux de la main. Le papier, d’un fort grammage, offre au toucher un gain que l’on devine choisi avec un savoir-faire et un goût d’artisan. Le flâneur s’attarde alors sur ces livres si soigneusement présentés, commence à les feuilleter. L’artisan a un nom charmant, délicieusement désuet : Esperluète. Un nom qui remonte à des temps très anciens et qui correspond au logogramme &, lequel occupa jadis le dernier rang dans l’alphabet. Une ritournelle mnémotechnique permettant aux écoliers de se souvenir de la fin de l’alphabet serait à l’origine de ce joli terme d’esperluète.

 

Nicole Malinconi / auteur / à l’occasion de l’exposition
« Esperluète, atelier d’éditions » Namur 2007

Avec leur parti pris de faire se côtoyer le texte et le dessin, on pourrait les qualifier de livres de rencontre. Non fortuite, cependant. Plus précisément, on pourrait dire que les textes et les dessins sont délibérément réunis dans le livre quand existe l’espoir, peut-être même la certitude de leur possible entente.

Nulle intention, pourtant, de décrire ou d’expliquer par le texte les traits et les couleurs du dessin, ni non plus d’illustrer par celui-ci les mots du premier ; aucun n’est le complément de l’autre ; ils pourraient exister seuls, si quelqu’un n’avait pressenti ce quelque chose si difficilement exprimable, comme un esprit ou une légèreté, parfois une violence, un non-dit, qui les rapproche.

Quelqu'un. L’éditeur, qui lisant le texte et pressentant son esprit ou sa légèreté ou sa violence, le proposera à celui dont le dessin laisse deviner les mêmes penchants. C’est lui qui fera se rencontrer le travail d’un écrivain et d’un peintre, jusqu’alors inconnus l’un de l’autre.
Ou bien, c’est l’un d’eux qui fera découvrir son complice à l’éditeur et, par lui, une écriture ou un trait qu’il ne connaissait pas. L’éditeur, dans les deux cas, est donc au cœur de la rencontre. Ce sont bien les deux cas où se tient Anne Leloup, éditrice, bien en peine de répondre lorsqu’un journaliste lui demande, comme c’est la mode, de « définir sa ligne éditoriale » car, pour elle, éditer n’a rien d’une ligne directe tracée d’avance, mais s’invente et innove au fil de chacune de ces rencontres.