[presse] Sauvage est celui qui se sauve

Madame Figaro, Le Monde des Livres, Le Soir, La Libre Belgique, Le Carnet et les Instants, Hors Champ… 

 


 

Sur le bout des doigts... de Veronika Mabardi

 

Tous les deux mois, Axelle prend une personnalité par la main, pour la connaître... sur le bout des doigts.

Une interview de Veronika Mabardi pour le magazine Axelle, à l’occasion la sortie de son dernier roman, Sauvage est celui qui se sauve. Écrivaine de la rencontre, Veronika Mabardi nous parle d’engagement, de son besoin d’étonnement et du pouvoir des mots. Un entretient en 5 questions par Stéphanie Dambroise, publié le 2 mai 2022.

 

Qu’est-ce qui vous enthousiasme actuellement ?

Juste avant l’aube, pendant un moment, il y a un silence particulier. Tout est obscur, immobile, tremblant comme le fil d’une funambule. Impossible de ne pas être attentive, aux aguets. Et puis, le jour est là !
Ce qui m’enthousiasme a souvent rapport avec l’étonnement. Un visage dans la foule, un livre sur l’étagère, une photo retrouvée qui modifie la cartographie du souvenir, une idée, une manière de dire qui transforme ma perception de ce qui m’entoure, de la personne qui me parle. Découvrir, au sens premier : soulever une couverture et voir ce qu’elle cachait.

 

Lire la suite sur Axelle magazine.

 


 

Le Transmetteur de Veronika Mabardi 

Veronika Mabardi était ce dimanche 27 mars 2022 dans La Salle des Machines de Mathias Enard sur France Culture en belle compagnie.

Ecouter son « transmetteur », un partage d'écriture autour de « Sauvage est celui qui se sauve » via ce lien : La Salle des Machines

 

 


 

 

Frère et soeur à la vie, à la mort

, Le Figaro littéraire, 17 mars 2022

Lire l'article : Le Figaro littéraire

 

 


  

Trois étoiles

Claire Julliard, L'Obs, février 2022

 

 


 

La vie d'un frère

Minh Tran Huy, Madame Figaro, février 2022

 

 


 

 

L'ébranlement de la rencontre et de la mort

Jean-Claude Vantroyen, Le Soir, février 2022

 

 

 


 

 

Complices

Raphaëlle Leyris, Le Monde des livres, janvier 2022

 


Mare Nostrum

Christiane Sistac, février 2022

"Une phrase verbale au sujet inversé pour titre. Et, stylisé sur un fond rouge sang : un visage juvénile aux traits asiatiques… Le dessin est de la main de Shin Do Mabardi, frère de l’autrice, la comédienne et dramaturge belge Véronika Mabardi.
D’autres illustrations apparaissent au détour des pages. Ce sont de petits formats carrés, souvent sombres et énigmatiques, rarement figuratifs. Alors même qu’il venait de recevoir le “Prix de la fondation Juliette Passieux”, encourageant ses créations de céramiste, Shin Do est mort accidentellement à trente ans, le 8 mars 1997.

Véronika Mabardi, bien connue dans l’univers du théâtre belge, revient une fois encore sur un thème qui lui est cher : l’exploration de l’intime et des liens familiaux. Ses écrits multiples destinés à la scène lui ont valu en 2018 le “Prix triennal de littérature dramatique en langue française”. Son frère défunt, d’origine coréenne, reste dans sa vie tel une ombre légère dont elle cherche à retrouver les contours. “J’ai vu. J’ai été témoin. Pour qui ?”

Pour restituer au monde cette brève existence, elle va retrouver les souvenirs heureux de leur enfance commune, les quatre cents coups de ce nouveau petit frère. Puis viennent les incartades de son adolescence, les difficultés de son orientation, les premières fugues et les dangereuses expériences rencontrées en chemin…
Mais aussi la complicité des repas du dimanche, les engueulades dans une famille où on s’aime, son goût précoce pour le dessin qui apaise le gamin turbulent, leurs discussions entre deux absences, sa douce présence au chevet de leur mère hospitalisée.
Elle veut témoigner de ses fuites permanentes, de ses retours pitoyables, de sa parole empêchée, de ses interrogations sans réponse, de cette tentation d’un suicide à laquelle il ne pouvait se résoudre de peur d’accabler ses parents.
De son “refus d’entrer dans le système, parce que ce serait renoncer à regarder la vie les yeux ouverts”.
Elle veut découvrir ce qu’il a laissé de son passage furtif sur une terre qui n’était pas la sienne. Pour explorer le contenu de la grosse caisse volontairement oubliée dans un coin de grenier après son décès, elle attendra vingt ans.
Parce qu’il lui a fallu ce temps pour accepter d’explorer et de confier aux flammes qui libèrent, les traces confiées à des lettres, à des carnets, des aspects les plus sombres de la vie de Shin Do, un monde cruel où il se débattait avec les mots qu’il ne pouvait dire. Vingt ans pour arriver à conter son histoire.
Mais le livre n’est pas une biographie. Ce n’est pas non plus un livre sur le deuil, même si on peut ressentir tout le poids et la tristesse de l’absence.
Pour parler de ce frère aimé, Véronika a choisi le présent de l’énonciation qui actualise l’action, tant est grande la volonté de nous le restituer vivant. Et elle écrit avec une entière liberté dans une recherche mémorielle où seule la date de la mort s’impose comme le point défini et brutal délimitant ce qui était avant et ce qui reste après.
Des paragraphes parfois courts, des phrases isolées, des semblants de chapitres, l’intervention en italiques d’invisibles interlocuteurs… L’écriture vibrante de sensibilité de Véronika Mabardi suit la fluidité de la pensée et donne au texte l’apparence d’un long poème en prose. Sa structure le destine à l’oralité.

Dans la complexité des adoptions internationales, on peut penser que Shin Do a eu de la chance en arrivant dans la famille Mabardi. Une famille doublement métisse : mère flamande, père à moitié égyptien, deux enfants biologiques et deux Coréens. Une famille aux valeurs humanistes où l’adoption se veut choix et volonté de partage. Sur les étagères de la bibliothèque, a confié l’autrice lors d’un interview, on trouvait côte à côte la Bible, le Coran, le petit livre rouge, le petit livre vert…Un milieu intellectuel où on rassasie la faim jamais assouvie du bambin rachitique, et où on accorde généreusement toute la présence et les caresses qui rassurent.
Une famille dont la porte est restée toujours ouverte pour accueillir le fugueur de quinze ans ou l’adulte en errance…
Mais la greffe n’a jamais pris pour le petit déraciné, alors que l’adaptation fut facile et heureuse pour la seconde fille de la fratrie, accueillie plus âgée.
Pour combler les vides et les plaies d’un parcours enfantin, sans doute, faut-il plus, pour certains, que l’amour d’une famille étrangère. Plus encore que la joyeuse acceptation de frères et sœurs de circonstances. Ou même d’un milieu scolaire bienveillant. Certaines questions restent à jamais sans réponse jusqu’à l’insupportable Il est là, avec ses traits “chinois”, on lui parle d’intégration et de raison, alors que ses racines sont ailleurs. Et son cœur reste déchiré entre la gratitude pour ses parents adoptifs et son obsession pour un passé perdu où : “il savait ce qu’était être heureux.”
Inadapté, inadaptable, sans doute, malgré tous les efforts déployés et la tendresse donnée
“Sauvage est celui qui se sauve” n’est pas non plus un livre sur l’adoption. Juste une histoire particulière d’adoption. Celle, en quelque sorte, d’un petit Prince qui se languissait d’une rose si cruelle soit-elle pour lui. Mais Shin Do n’avait pas profité d’un vol d’oiseaux sauvages pour s’éloigner de sa planète. D’autres avaient décidé pour lui et scellé à son poignet un petit bracelet de plastique avec “son nom et l’adresse d’une famille dont il ne savait rien.”
Véronika Mabardi nous donne de ce frère artiste au sourire si doux, figé dans son éternelle jeunesse cet émouvant portrait de petit Poucet :

ll est venu de loin.
Il n’avait dans les poches ni miettes ni cailloux, rien qui lui permette de retrouver son chemin.
Il a pris son visage entre ses mains,
Il l’a déposé sur une toile
Et il est reparti.

Par la volonté et le talent de sa sœur, Shin Do Mabardi, enfant de Corée, sort de l’opacité de l’oubli : identique à lui-même, instable, turbulent, fragile et créatif. Absent et vivant à la fois. Juste de l’autre côté du mur."

 à lire ici

 


 

 

Paludes

Radio Campus Lille, Nikola Delescluse, janvier 2022

 


 

Sur les traces d'un frère disparu

La Libre Belgique, supplément Lire, Alexis Maroy, janvier 2022

 


 

La composition du silence

Louise Van Brabant, Le Carnet et les Instants, janvier 2022

"J’écris : voici mon frère, il n’a fait que passer, mais la phrase ment. Alors je cherche les traces qu’il a laissées dans le regard des autres. Il me relie à eux. Qu’est-ce qui s’est inscrit en eux de son passage ?

Suivre le fil : plonger sous la matière, là où s’emmêlent et se confondent les fibres, rejoindre la surface, reprendre. Les mots de Veronika Mabardi circonscrivent en pointillé les contours de la perte et tracent, d’un même mouvement, l’empreinte d’un corps qui jamais n’a pu se résoudre à respecter les limites. Ce corps est celui de son frère, Shin Do Mabardi, arrivé à l’âge de cinq ans dans cette famille d’intellectuels de gauche, douce et généreuse, depuis la Corée du Sud. En dépit de l’amour qui l’attend de pied ferme et amortit la brutalité du déracinement, l’expérience est avant tout celle d’un arrachement. Dans la terre coréenne, Shin Do laisse des radicelles tranchées vives. Un morceau de son identité se développe sans lui à l’autre bout du monde, plaçant son existence sous le signe de la fragmentation.

Sauvage est celui qui se sauve matérialise la tentative de dire ce frère en disparition continue. Un homme en creux : l’absence, le bris (de ses céramiques à la lumière du jour), le trou (dans son histoire), les brèches (par lesquelles il s’échappe pour pénétrer d’autres réalités). Puis le fossé creusé par la mort. Un ébranlement à la hauteur de celui qu’a été la rencontre : dissolution des frontières (entre les peaux, les sangs, les continents) et ouverture sur la part de monde qui se trouve en chacun de ces enfants déposés, presque par hasard, l’un à côté de l’autre.

Les explications ne comblent pas le silence. Alors parfois il s’installe dans ce silence comme un enfant ours. Il y a un trou dans son histoire, et tout l’amour du monde n’y peut rien.

Il y a l’avant et il y a l’après accident, comme il y a l’avant et l’après adoption. Deux brisures dans le temps, deux balises qui structurent le livre sans pour autant lui imposer une narration linéaire : le récit est libre, vagabonde entre passé et présent, s’accorde au rythme de la pensée, sans doute parce que l’autrice y déploie en filigrane le souci permanent de dire une vie sans la transformer en histoire – de celles qu’on se raconte à ne plus les entendre les soirs sombres ou les jours de brume morne. Et Veronika Mabardi de préférer l’indicatif présent au passé, parce que Shin Do continue à exister. Le récit évolue à l’image de celui dont il suit les traces : entre bruit et silence, entre présence et absence, comme l’aiguille se doit de disparaitre avant d’affleurer à la surface pour lier les tissus.

Non contente de brosser avec autant de délicatesse que d’acuité le portrait d’une époque, d’un lieu et d’un foyer, Veronika Mabardi montre une conscience aiguë des écueils qui, dans ce type d’exercice, menacent la narration. Une réflexion sur l’écriture et la fiction d’autant plus remarquable qu’elle est issue d’une expérience profondément intime, ce qui requiert une maîtrise au moins équivalente à la sensibilité avec laquelle l’autrice formule des émotions aussi fragiles que celles qui traversent l’enfance, l’adolescence et le deuil.

Alors, je réagence les fragments du souvenir, pour voir ce que ça dit. Et dans l’incertitude – la page n’est pas blanche, elle est pleine de bruit, déchirée en morceaux, et chaque fragment a pris sa propre autonomie – je sais, du moins, ce que je ne veux pas.
Je n’irai plus à rebrousse-vie.

Car il y a la nuit dans laquelle est laissée la soeur à la mort du frère. La nuit de l’autrice qui écrit des phrases inachevées, qui doit composer avec le silence. La question est alors de savoir comment user du plein (les mots) pour dire le vide – et de montrer comment ce vide est une présence, comment le vide et le silence peuvent tracer un chemin. On retrouve dans ce questionnement toute la singularité et la sensibilité des écrits de Veronika Mabardi, qui se situent dans un rapport au monde sans intermédiaire : direct, à même la matière. Une présence immédiate à la douceur et à la violence, qui se double d’une attention étendue à toutes les existences : fourmis, araignées, chouettes et crapauds, arbres et herbes hautes. Et dans cette forêt coule une langue vive et franche, une langue-ruisseau à laquelle peuvent s’abreuver toutes celles et ceux que font vibrer l’instant ténu où le silence devient le bruit."

article à lire ici

 


 

L'avis de Natacha, Librairie Papyrus (Namur)

"L'émotion vous attrape aux premières lignes de ce récit d'une sincérité à couper le souffle. Tombeau, portrait, hommage mais aussi récit familial d'une honnêteté et d'une beauté qui vont droit au cœur, avec la force poétique que peut avoir Veronika Mabardi, mêlée à une prose âpre et douce, factuelle et lumineuse, vidée de tous effets. Vidée aussi au sens où l'émotion vide, authentique dépôt des armes et néanmoins balises flottantes offertes pour tout qui sait ou ignore ce que sont les liens familiaux... et tant d'autres choses dans ce livre ! "

à lire ici

 


 

L'avis d'Anouk, Librairie Point Virgule (Namur) 

janvier 2022

"Un jour il apparaît.

Ça aurait pu être un autre.

C’est lui.

Veronika Mabardi se souvient de ce matin-là, elle avait neuf ans. À l’aéroport, épuisé par la nuit de vol et par ses pleurs, un petit garçon arraché à sa terre natale est devenu son frère. Shin Do.

À la maison, il y a l’amour, beaucoup d’amour, maladroit parfois mais joyeux et généreux. Shin Do grandit, la famille aussi lorsqu’arrive, de Corée encore, une sœur aînée. Deux filles, deux garçons. Deux grandes et deux petits. Dans le regard des autres, ce regard si lourd à porter qui "fait de ma famille une forteresse à défendre": deux enfants d’ici et deux enfants adoptés.

De ses toutes premières années, Shin Do ne sait rien, ou seulement les ombres qui le rattrapent dans le sommeil et le laissent envahi d’un chagrin inconsolable. Shin Do est un enfant ours: "il y a un trou dans son histoire, et tout l’amour du monde n’y peut rien".

C’est autour de ce vide-là que les mots de Veronika Mabardi cherchent leur chemin. Ils tissent des fragments, cartographient des îlots, quelques territoires incertains "entourés par du vide, du flou, de l’ombre, des images mal révélées". Avec les mots, elle tente de donner sens aux silences, au chaos, à la mort venue trop tôt s’emparer de ce frère "qui sent ce qui compte et ce qui manque". Son livre n’a rien d’un tombeau. Il signe au contraire les retrouvailles après l’arrachement: "Et je te dis tu pour que tu viennes, je t’invite ici".

C’est qu’entre Veronika et son frère, il y a dès les premiers moments une évidente complicité. Dans la famille, ils sont les deux impertinents, ceux qui se cognent au cadre et posent trop de questions. Ceux qui, au fil des années, trouveront dans la création une façon de prolonger leurs questions. Pour elle cela passera par les mots: comédienne, dramaturge, romancière, en cela héritière de ses parents ("le père bricole avec les mots et la mère bricole avec les récits"). Et pour Shin Do, par le dessin et la céramique. Les voies sont différentes mais leurs œuvres à chacun reflètent la même quête de l’essentiel, de l’épure, du tremblement. 

Sauvage est celui qui se sauve fait résonner ensemble leurs deux façons d’être au monde, à jamais jumelles."


à lire ici

 


  

Les notes

Claudine Bergeron, Choisir & Lire - collection Hors champ, janvier 2022