[Presse] Le jour coude-à-coude

Deux articles signés Françoise Lison (Le Courrier de l'Escaut) et Samia Hammami (Le Carnet et les Instants).

 

Le Courrier de l'Escaut

Françoise Lison-Leroy, mars 2020

 

 

Le Carnet et les Instants

Samia Hammami, février 2020

Le blanc, le noir – entre, le gris. Le vertical, l’horizontal – la diagonale parfois. La présence, l’absence – en pointillés. Évoquer, expliquer – transfigurer. Le passé, le futur – et le présent. La persistance, l’éphémère – éternité fugace. La pluie, le soleil – là, l’arc-en-ciel. Rester, partir – revenir. Dehors, dedans – ou ailleurs, peut-être. Opposés, indissociables – coude à coude. Ce sont là quelques-unes des dimensions, proches, éloignées, que Colette Nys-Mazure effleure ou pénètre dans son dernier recueil.

Percevoir le mouvement de la Poésie se révèle aussi ardu que suivre celui de la Vie, sans compter que les deux s’entremêlent intimement. Dans Le Jour coude-à-coude, un entre-deux accueille, celui où les ténèbres se dissipent, poussées par une certaine lumière : « L’aurore indécise. Un pied dans le jour et l’autre, enlisé. Un matin étonné, surpris à la lisière du sommeil, entre éveil et songes. Un sucré-salé, peur et plaisir ; la douce-amère, les envies réprimées. » Ce moment où se confondent chien et loup, c’est celui où la « Je » s’impose, mue par un allant intérieur dénotant avec le statisme initial des alentours qui, petit à petit, se manifestent dans la trivialité du quotidien, la mort ridicule d’un oiseau et la métaphysique de l’envol : « La clarté montante tamise l’éclat des lampadaires. Les jeux ne sont pas faits. Je me cogne les ailes, moi aussi. »

C’est encore « écartelée entre l’envie de tracer et celle de faire marche arrière » que la « Je » martèle sa nécessité d’un refuge, dit ses doutes en cailloux d’écrivaine, la mort d’un autre oisillon, la beauté de la mer cruellement affamée. Elle qui « consent à la mort aussi bien qu’à la vie » chérit les disparus, se promet des impossibles, constate les dissonances, mais tente de danser la vie (dont celle des (presque) morts). Assombrie par l’Ombre qui gagne souffle après souffle, au creux de cette parenthèse qui s’achèvera, elle se veut actrice, pas témoin. En attendant…

Le jour coude-à-coude, c’est aussi d’étonnantes illustrations de Camille Nicolle. Au premier coup d’œil, elles afficheraient une certaine simplicité. Au premier coup d’œil seulement. Car, à l’image des poèmes de Nys-Mazure qu’elles accompagnent, leur complexité, leur profondeur, leur élaboration se font jour au moment où la peine est prise de se pencher, contempler, détailler. La couverture de l’ouvrage – dans un noir et blanc brossé, brumé, plaqué, mélangé – est d’ailleurs révélatrice des courbes, des vagues, des astres et autres points lumineux qui soutiendront la progression du propos écrit, tout en gardant leur dynamique propre. Côte-à-côte. &.

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L'Echo

Geneviève de Simone-Cornet, mars 2020