« Ce long poème est né d'une rencontre furtive. Sur la passerelle surplombant un fleuve, j'ai croisé une famille, une tribu marchant sans hâte à la suite d'une petite fille à lunettes. Celle-ci chante, pour elle-même, un refrain des origines. S’agit-il d’une randonnée, d’une transhumance, de la quête d’une terre nouvelle ? » nous dit Françoise Lison-Leroy qui observe la file distendue progressant en plaine et sur les cimes.
Avec son titre en forme d’invitation au voyage, Haute transhumance nous convie à voir ailleurs comme le printemps sera beau. Un peu comme la haute-voltige nous emmène toujours plus haut, la haute transhumance de Françoise Lison-Leroy nous emmène plus loin. Ses mots et les images composent un lieu où l’humain se construit un avenir pas après pas. Avec détermination et la foi du charbonnier, celle qu’on met dans les cailloux et les nuages, loin des dogmes, du bruit et de la fureur du monde.
Dans ces poèmes, c’est tout un petit peuple qui se met en marche, animaux et humains, diurnes et nocturnes, car la transhumance, nous dit un des fragments, « est le dixième sens des peuples ». Et il faut marcher pour aller quelque part... alors, le chemin nous emmène de poème en poème pour une aventure sensorielle féconde. Qui sait si un jour, la transhumance, l’exil ou l’exode devenait notre lot à tous ? Ce texte nous invite à garder cette marche en nous, comme un possible, par solidarité.
D’une petite fille qui chante au chant des peuples en mouvement, le livre se ponctue du travail de Francesca Scarito qui rend présentes les pierres des chemins et leur texture, tantôt douces, tantôt râpeuses, toujours solides. Des pierres au bleu profond qui habitent ou émergent de la page pour accompagner la lecture. En écho au poème, les illustrations de Francesca Scarito ricochent comme autant de cailloux et ouvrent le regard.
Du plus loin qu’elle se souvienne, Françoise Lison-Leroy s’est intéressée aux migrations, aux grandes murmurations d’oiseaux, à l’exode rural, à la sédentarité comme au nomadisme. Son texte est une suite d’images à observer de très haut, de bien loin. Ceux et celles qui les peuplent gagnent d’autres horizons, comme l’ont fait tant de prédécesseurs. Ils répètent une fugue millénaire. Une chanson les devance, joyeuse et résolue.
