Elle aimait les fleurs sauvages et les forêts profondes…
La très vieille traverse ce livre à petits pas prudents. Elle s’émerveille des beautés de la nature et du moment présent. Elle raconte les liens familiaux, l’amour qui fait battre le cœur et le bonheur que donnent les fleurs.
Et la narratrice la suit, à petits pas complices, dans cette traversée. Elle recueille la parole mais aussi les gestes et les moments partagés. Elle s’émerveille à son tour.
Ce livre nous parle du grand âge et de ces liens qui se tissent entre les générations pour peu que l’on prenne le temps de se rencontrer, de s’accompagner. Parce qu’entre la narratrice et la très vieille, entre les pages, les mots et les images, une belle histoire se construit. Un livre sur le presque rien qui pourtant devient tout.
Céline Delabre explore son personnage à travers de somptueux papiers découpés. Elle crée ses papiers à partir de motifs gravés. Elle les assemble et les combine pour créer tantôt un paysage, tantôt un intérieur, tantôt un environnement abstrait qui permet la rêverie. Entre narration, images et couleurs, elle raconte sa très vieille avec pudeur et justesse, comme un moment suspendu, un temps à chérir précieusement.
« J’ai écrit La très vieille alors que je venais de perdre mon père. À un moment où je passais du temps en maison de repos avec des personnes plus ou moins âgées dans des états et des situations très différentes. Ces moments étaient très forts. Nous racontions des blagues, des anecdotes, des souvenirs en dessinant, en gravant, en imprimant.
Après, en faisant ce livre, j’ai beaucoup pensé à mes grands-mères et, de manière générale, à toutes les femmes de ma famille. Cette très vieille ce sont elles, et c’est aussi un peu moi !
Pour les images j’ai fait comme je fais d’habitude : j’ai rassemblé des couleurs et des motifs. J’ai cherché les accidents d’impression, utilisé des macules et des impressions fantômes. J’ai travaillé avec des transparences, des empreintes, des traces. Je voulais à la fois de l’éclat, une forme de joie et de lumière dans les images mais aussi des choses sombres, plus abîmées et fragiles.
J’ai voulu dire quelque chose de l’intensité d’une vie à un moment où un détachement, une forme d’effacement et de douceur l’emporte. »
Céline Delabre, printemps 2025